Le miel, c'est ce que l'apiculteur voit, mais la pollinisation, c'est ce que le reste du monde reçoit. Lorsqu'une abeille vole de fleur en fleur pour récolter nectar et pollen pour elle-même, elle transporte au passage le pollen d'une fleur à l'autre — et féconde ainsi la plante. Sans ce transfert, bien des arbres fruitiers, cultures potagères et fleurs sauvages ne formeraient aucun fruit. Pour un jardinier ou un arboriculteur, une ruche voisine est un travailleur silencieux qui accomplit toute la journée, gratuitement, le travail le plus important du jardin.
Comment l'abeille pollinise réellement
Une fleur possède une partie mâle (les étamines portant le pollen) et une partie femelle (le pistil). Pour qu'un fruit ou une graine se forme, le pollen doit atteindre le stigmate — généralement d'une plante à une autre. L'abeille n'en a nulle intention ; elle cherche de la nourriture, mais son corps est couvert de poils ramifiés auxquels le pollen adhère, et elle visite des dizaines de fleurs de la même espèce en un seul voyage. Ce trajet de fleur en fleur est la pollinisation. Deux traits la rendent particulièrement précieuse : la fidélité à la fleur (elle transporte le bon pollen) et le nombre — une colonie forte déploie des dizaines de milliers de butineuses sur le même terrain à la fois.
Ce que le verger et le jardin y gagnent
Le bénéfice d'une bonne pollinisation n'est pas mince — pour de nombreuses cultures, il décide même de l'ampleur de la récolte :
- Une meilleure nouaison — davantage de fleurs deviennent des fruits, moins de fleurs tombent
- Des fruits plus gros et mieux formés — une pomme, une poire ou une fraise visitée de nombreuses fois se développe plus pleinement et plus régulièrement
- Un rendement et une qualité de graines supérieurs, et une fructification plus régulière d'année en année
Pommes, poires, prunes, cerises, amandes, framboises, myrtilles, melons, courges, tournesol et colza dépendent tous fortement des pollinisateurs. Certaines plantes (tomates, poivrons, céréales) s'autopollinisent ou comptent sur le vent : les abeilles ne leur sont donc pas indispensables.
Comment placer les abeilles pour la pollinisation
Si vous voulez qu'une ruche travaille pour votre récolte, le moment, la distance et le nombre comptent tous :
- Le moment — n'amenez les abeilles qu'une fois la floraison réellement commencée (environ 5 à 10 % des fleurs ouvertes). Posées trop tôt, les abeilles « apprennent » les mauvaises herbes voisines ou une autre miellée et y restent.
- La distance — placez les ruches dans la plantation même, ou juste à côté. Les abeilles préfèrent la miellée abondante la plus proche ; chaque kilomètre supplémentaire réduit les visites à vos fleurs.
- La densité (nombre de colonies) — une règle approximative est d'environ 2 à 3 colonies fortes par hectare de verger, et davantage pour les cultures dépendantes de la pollinisation (amande, myrtille). Ne comptez pas les colonies faibles — placez des colonies fortes, pleines de couvain, qui récoltent le pollen avec ardeur.
Les abeilles face aux autres pollinisateurs
L'abeille mellifère n'est pas le seul pollinisateur — souvent même pas le meilleur pour une plante donnée. Les bourdons travaillent par temps plus frais et « pollinisent par vibration » la myrtille mieux que les abeilles mellifères ; les abeilles solitaires (sauvages), les mouches, les papillons et les coléoptères assurent une part énorme du travail. Le jardin le plus sûr possède à la fois des pollinisateurs gérés et sauvages.
C'est pourquoi garder des abeilles et protéger les pollinisateurs sauvages vont de pair : laissez des parcelles de votre terrain en friche, avec du sol nu et des fleurs sauvages où les abeilles sauvages nichent. La même miellée nourrit vos ruches et les bourdons de vos voisins.
Protéger les pollinisateurs pendant la floraison
La plus grande menace pour les pollinisateurs en saison est le mauvais usage des pesticides. Quelques règles simples sauvent à la fois les abeilles et la récolte :
- Ne traitez jamais à l'insecticide une plante en fleur — ni la culture, ni les mauvaises herbes en dessous
- Si vous devez traiter, faites-le tard le soir, lorsque les abeilles ne volent plus, et choisissez des produits moins dangereux pour les abeilles
- Fauchez les mauvaises herbes en fleur avant de traiter, pour qu'elles n'attirent pas les abeilles sur la zone traitée
- Parlez aux producteurs voisins — s'entendre sur le calendrier des traitements protège tout le monde
Les herbicides et l'élimination systématique des « mauvaises herbes » nuisent aussi, car ils suppriment la miellée. Pissenlit, trèfle et autres plantes « indésirables » sont une nourriture pour les pollinisateurs.
Louer des abeilles, et la suite
Dans le monde, la pollinisation est si précieuse qu'il existe tout un métier autour d'elle — des apiculteurs déplacent des ruches dans les vergers et les champs contre rémunération au moment de la floraison, puis les retirent. Si vous n'avez pas d'abeilles vous-même, demandez à un apiculteur local : un arrangement pour garder quelques ruches sur votre terrain pendant la floraison profite à lui (la miellée) comme à vous (la récolte).
Et si vous songez à placer vous-même une ruche ou deux près du jardin ou du verger — c'est peut-être le meilleur investissement dans votre récolte que vous puissiez faire, avec le miel en prime. Dans l'application bee-keeper, vous pouvez gérer votre rucher, noter floraison et visites, et observer comment votre récolte évolue d'année en année depuis que les abeilles sont là.